Damien Moreau,
La force sans la brutalité
La sculpture est-elle née avant la peinture?
Á chacun de se pencher sur l’histoire de l’art et de chercher l’origine
selon ses préférences.

Pour Damien Moreau (né à Ottignies en 1966), le choix s’est fait par instinct, par goût et sans doute aussi un peu par accident. Ce qu’on appelle aujourd’hui “le plan de carrière” commence à l’Université Catholique de Louvain par une licence en droit et un baccalauréat en philosophie et puis, on change de route…
Pour développer un sens inné du dessin et réaliser son rêve en trois dimensions, Damien Moreau suit les cours de l’Académie d’Anderlecht, chez Alexander Ketele. Maintenant en finalité de sculpture, il ajoute à sa formation un stage de dessin en Académie d‘été avec Aristide Bianchi. Des professeurs dont le nom figure parmi les références artistiques d’aujourd’hui.
Sculpteur, Damien Moreau l’est dans l‘âme et son premier élan est pour s’attaquer à la pierre. Elément universel, à la fois solide et rassurant, la pierre a une âme qui ne se révèle pas toujours facilement. Pour cet artiste, la pierre est un élément de stabilisation de l’homme et l’homme est le principal sujet de ses pierres volontiers monumentales. Les contours sont rudes et la vigueur ressort de chaque attitude. Les corps représentés sont figuratifs mais jamais aboutis, un peu laissés en suspens, comme si le visiteur devai lui-même y apporter sa pierre ! L‘élan, la puissance et la force prévalent mais n’expriment jamais la brutalité pour autant.
Très vite, l’artiste montre ses oeuvres dans des expositions et notamment au Square Steurs, véritable festival urbain de la sculpture en plein air depuis quinze ans. Il sera également présent dans la trop éphémère galerie Cap d’Art à Genval et régulièrement à l’Atelier B de Vence et dans quelques autres lieux comme De Rinck, galerie particulièrement sélective.
Damien Moreau tente une aventure parallèle avec le bronze, matière sortie des feux d’enfer pour redescendre parmi les amateurs d’art. La pierre et le bronze ayant joué de toute leur séduction, le sculpteur affronte l’acier corten. Ce matériau prérouillé rencontre les faveurs des sculpteurs et surtout dans le monumental.
En changeant de matière, Damien Moreau évolue dans une autre gamme de sensation, la figuration cède la place à l’art abstrait et à la suggestion. Il suffit de volumes, l’un au sol et deux autres en suspension (au moins suggérée telle) pour que naisse une image que chacun interprète selon sa mémoire ou ses acquis personnels. Un somptueux gisant fait de volumes droits aux angles durs n’en est pas moins humain pour autant.
Ainsi se développe une veine artisitique explorée malgré les aléas de la vie et la difficulté inhérente aux création monumentales dans un pays qui préfère la peinture. Les dernières années du siècle avaient vu la disparition quasi-totale de la sculpture dans le circuit des galeries, c’est autour de 1990 qu’elle refait surface “en grand” et depuis lors n’arrête pas de se développer, notamment par l’arivée de toute une génération de sculpteurs.
Damien Moreau est parmi ceux qui participent à ce renouveau. Sa création est un combat au quotidien que l’on souhaite voir se prolonger dans l’avenir, avec vigueur.
Anita Nardon
A.I.C.A mai 2007